L’illusion de l’auto-guérison : Pourquoi le traumatisme nécessite un lien sécurisant

« Je dois être fort. »
« Je vais fermer la porte de ma chambre et panser mes blessures moi-même. »
« Personne ne comprendra, il est préférable que je surmonte cette épreuve dans la solitude. »
Combien de fois vous êtes-vous répété ces phrases ? On nous a conditionnés, des années durant, à croire que la véritable résilience résidait dans le rétablissement individuel, et que pleurer ou demander de l’aide constituait un aveu de faiblesse. Nous avons fini par nous convaincre qu’il fallait refouler notre douleur en silence, lire des ouvrages de développement personnel dans l’obscurité, et analyser notre passé de manière obsessionnelle jusqu’à obtenir une guérison complète.
L’illusion de la guérison dans l’isolement
Cependant, les plus éminents spécialistes mondiaux de la psychiatrie et des neurosciences s’accordent aujourd’hui sur une vérité bouleversante : la guérison dans l’isolement est la plus grande des illusions psychologiques.
Permettez-moi de vous partager la perspective des cliniciens et chercheurs en psychotraumatologie les plus illustres de notre époque.
Le célèbre médecin Gabor Maté déconstruit le mythe du refoulement en affirmant que nous ne pouvons pas libérer notre souffrance seuls. La douleur ne s’apaise que lorsqu’une autre personne la perçoit et en devient le témoin authentique.
De son côté, le professeur Franz Ruppert nous explique pourquoi notre état se détériore lorsque nous nous isolons. Il précise que le traumatisme s’amplifie et devient incontrôlable dans la solitude, et que la guérison ne peut émerger que par la reconnexion à l’autre.
La guérison exige sécurité et présence
Au moment où vous vous croyez particulièrement lucide, persuadé de pouvoir vous soigner par une intellectualisation excessive et une suranalyse de votre problématique, le docteur Bessel van der Kolk, l’un des experts mondiaux les plus reconnus en matière de traumatismes, vous confronte à une réalité biologique implacable. Il souligne que nous ne guérissons pas d’un traumatisme par la simple réflexion. Nous guérissons uniquement lorsque nous réapprenons à notre système nerveux et à notre corps à se sentir en sécurité.
Comment le corps parvient-il à retrouver ce sentiment fondamental de sécurité ? Le pionnier de la psychothérapie existentielle Irvin Yalom y répond en soulignant que la guérison opère par la présence. Elle survient lorsque vous trouvez quelqu’un capable de rester à vos côtés au cœur de votre douleur, sans fuir ni porter de jugement.
La conclusion scientifique du processus de rétablissement
La conclusion clinique qui se dégage de l’ensemble de ces travaux est univoque : votre blessure ne s’est pas formée dans l’isolement. C’est un individu, une situation ou un environnement social qui a provoqué cette rupture en vous. Par conséquent, elle ne saurait être résolue dans l’isolement.
Une souffrance psychique qui a pris naissance au sein d’une dynamique relationnelle dysfonctionnelle ne peut être traitée qu’au cœur d’une relation réparatrice et sécurisante.
Comme l’a si brillamment formulé le psychologue humaniste Carl Rogers, lorsqu’un individu réalise que quelqu’un l’a entendu et compris en profondeur, ses yeux s’embuent de larmes. C’est comme s’il se disait avec un profond soulagement qu’il existe enfin quelqu’un qui sait ce que l’on ressent à être soi.
Notre rôle dans votre parcours de guérison
La rumination mentale ne vous guérira pas.
La lecture de citations inspirantes ne vous guérira pas.
S’isoler pour paraître invulnérable aux yeux de la société ne fera qu’exacerber l’emprise de votre traumatisme dans l’ombre.
Vous avez un besoin fondamental d’un témoin de votre douleur, ainsi que d’un espace thérapeutique où vous n’êtes plus contraint de simuler la force.
Lors de nos séances et au sein de nos groupes de soutien, c’est précisément le rôle que nous assumons. Nous ne vous offrons ni leçons de morale ni cadres théoriques froids. Nous vous offrons cette présence sécurisante évoquée par Yalom. Nous créons un cadre bienveillant où nous brisons la solitude inhérente au psychotraumatisme, où nous devenons les témoins empathiques de votre souffrance, et où nous accompagnons votre organisme et votre psyché, étape par étape, afin qu’ils réapprennent à s’apaiser et à relâcher leurs mécanismes de défense.
Je vous en prie, cessez de vouloir jouer au chirurgien avec vous-même. Un chirurgien, aussi brillant et expérimenté soit-il, ne peut s’opérer seul. Autorisez-vous à vous appuyer sur autrui. Autorisez-vous à être soutenu.
